Dépasser les recommandations habituelles n’est pas un exercice réservé aux chercheurs en blouse blanche. Parfois, une simple assiette colorée en dit plus long sur la santé masculine qu’un tableau de chiffres froids. Voici ce que révèle une nouvelle étude sur le lien entre alimentation végétale et taux d’APS.
Des chercheurs de l’Université de Miami, menés par le Dr Ali Mouzannar, ont scruté les habitudes alimentaires et les taux d’APS de 1399 hommes, grâce aux données de la grande enquête américaine NHANES menée entre 2003 et 2006. Objectif : comprendre si la composition du menu pouvait influencer le risque d’un taux d’APS élevé, ce marqueur sanguin qui inquiète tant lorsqu’il dépasse la barre de 4 ng/mL.
Pour aller au-delà des généralités, l’équipe a mis au point deux indicateurs précis : le PDI (Plant-based Diet Index), qui mesure la part des aliments végétaux dans l’alimentation, et le HPDi (Healthy Plant-based Diet Index), centré sur la consommation d’aliments végétaux considérés comme bénéfiques. Plus le score grimpe, plus l’assiette fait la part belle aux céréales complètes, légumes, fruits, noix, légumineuses, mais aussi thé et café.
Le profil type des participants ? Un âge médian de 54 ans, un taux d’APS moyen de 0,9 ng/mL, et près de 5 % d’entre eux affichaient ce taux à 4 ng/mL ou plus, une zone qui justifie souvent une surveillance ou une biopsie de la prostate.
L’analyse statistique ne laisse pas place au doute : les hommes dont le HPDi atteint les sommets voient leur probabilité d’atteindre un taux d’APS élevé chuter de moitié par rapport à ceux qui mangent le moins de végétaux sains. Après avoir pris en compte l’âge, l’ethnie, le niveau d’activité physique et d’autres variables, le risque relatif tombe à 0,47. Autrement dit, le contenu de l’assiette peut réellement peser sur le diagnostic.
Il faut cependant nuancer : le score PDI, qui ne distingue pas la qualité des aliments végétaux, n’a pas montré de lien clair avec l’APS. Se gaver de frites ou de chips à base de pomme de terre n’aura donc pas le même impact qu’un bol de lentilles ou une poignée de noix.
Pour illustrer ces résultats, voici les catégories d’aliments végétaux sains qui semblent faire la différence :
- Céréales complètes comme le riz brun ou le quinoa
- Légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots)
- Noix et graines diverses
- Légumes variés, frais ou cuits
- Fruits entiers
- Boissons telles que le thé ou le café non sucrés
Mais tout n’est pas si simple. Les auteurs rappellent que leur travail s’appuie sur des questionnaires alimentaires, avec leur lot d’imprécisions et de souvenirs flous. Les données NHANES, transversales par nature, ne permettent pas de savoir si un changement d’alimentation à long terme modifie réellement le taux d’APS. Et il est difficile d’isoler les effets de l’alimentation de ceux d’un mode de vie globalement sain, souvent adopté par les mêmes personnes.
Malgré ces limites, l’étude fait avancer la réflexion sur la prévention masculine. Jamais un aussi large échantillon d’hommes sans cancer de la prostate n’avait été analysé sous cet angle. Les résultats, prudents mais solides, ouvrent la porte à une prise en charge plus nuancée et individualisée, où l’alimentation devient un levier à part entière.
Alors, la prochaine fois que l’occasion se présente de choisir entre une assiette de légumes croquants et un plat ultra-transformé, gardez en tête ce chiffre : réduire son risque de taux d’APS élevé pourrait bien commencer à la fourchette, une bouchée à la fois.
Référence
Mouzannar A, Kuchakulla M, Blachman-Braun R, et coll. Impact d’un régime à base de plantes sur le niveau de PSA : données de l’enquête nationale sur la santé et la nutrition. Urologie. Publié en ligne 22 juillet 2021. doi:10.1016/j.urology.2021.05.086

